Aventure en Mauritanie 2010
Après une dizaine de méharées (1) entre 2002 et 2009, en Algérie dans le Hoggar, dans le sud Tunisien et surtout en Mauritanie, ayant acquis une certaine connaissance du désert, des nomades et des chameaux, je rêvais d’une grande, très grande aventure saharienne.
C’est pourquoi, en 2009, voyant 2010 et mes 70 ans imminents, j’ai décidé de passer à l’acte.
S’amorce alors un dialogue par téléphone et internet, avec mon ami Mahmoud Ould Beidja, aubergiste à CHINGUETTI en MAURITANIE. C’est lui qui a organisé toutes mes précédentes expéditions (je traite directement avec lui, sans passer par une agence de voyages).
Simultanément je propose à Alain T……. un ami randonneur qui a déjà fait une méharée de 350km avec moi, de m’accompagner. Il accepte avec empressement car il vient de vivre un deuil très douloureux et a besoin de changer d’horizon.
Gérard Barbaize
Nous avons d’abord envisagé une traversée de la Mauritanie de CHINGUETTI(1) à NEMA(2), soit 900km de méharée, du centre de la Mauritanie à la frontière Malienne, puis retour en bus et en 4x4 par la route de l’espoir (seule route du pays), par KIFFA(3) , NOUAKCHOTT(4) la capitale, le Ban d’ARGUN, ATAR(5) et retour à CHINGUETTI(1) . Soit au total, 2 mois (janvier-février 2011) et 2000km, dont 900km à pied et à chameau.
(1) Marche avec chameaux qui portent hommes, bagages et matériels.
Projet initial : De 1 à 2 : 900km en méharée- 40 jours environ- De 2 à 3- 4-5 et 1 : 1100km environ en 4x4 en 15 jours
Mais voila que des touristes espagnols et portugais sont enlevés dans la région de la frontière malienne et du BAN d’ARGUN, juste sur une partie de notre parcours !
Nous modifions alors le projet et décidons de faire une boucle partant de CHINGUETTI et y revenant, en évitant au maximum les itinéraires carrossables, ainsi que les localités importantes. Car le danger d’enlèvement ne vient pas des nomades, ni des habitants des petites oasis, mais des trafiquants, d’armes, de drogue et de migrants. Ils se déplacent en 4x4 et pour eux les touristes sont une source de revenus facile. Ils les enlèvent et le revendent aux intégristes, qui les négocient ensuite avec les gouvernements occidentaux.
Le circuit fera environ 1.000km et passera par CHINGUETTI-RACHID-TIDJIKJA-BOUMDEID-MOUDJERIA-TAMSSOUMIT-OUJEFT-ATAR et retour au point de départ. (Voir carte, points 1-2-3….)
Pour mieux faire comprendre le contexte aux lecteurs qui ne connaissent pas la MAURITANIE, disons que le pays est grand comme deux fois la France et qu’il n’y a que trois millions d’habitants, aux trois quarts concentrés sur le littoral et le long du SENEGAL. On peut ainsi imaginer parcourir l’équivalent d’EPINAL- DIJON en ne rencontrant que quelques dizaines de nomades éparpillés dans l’immensité et aucun village.
Au point de vue routes, imaginez la France avec une seule route goudronnée qui irait de STRASBOURG à MARSEILLE, tout le reste n’étant traversé que par quelques pistes praticables aux 4x4 seulement.
Nous arrivons Alain et moi à ATAR, par avion, le 3 janvier, les 4 et 5 sont consacrés à faire connaissance avec nos accompagnateurs à CHINGUETTI et à préparer le matériel nécessaire pour 2 mois :
Mise au point du voyage- sécurité :
Compte tenu des enlèvements et du contexte politique, il est convenu en accord avec les autorités locales que nous nous signalerons à la gendarmerie, à la police ou à la garde national chaque fois que nous trouverons un poste dans une oasis. A cet effet nous emportons une liasse de fiches de renseignements comportant noms, numéros de passeports, itinéraire, calendrier etc.….
Cela ne sera appliqué que 3 fois en 55 jours. A chaque fois nous saurons que la gendarmerie s’inquiète de nous et rend compte de notre passage.
En outre nous disposons d’un téléphone satellite qui nous permet d’appeler notre base arrière tous les trois jours entre 18 et 19 heures, pour donner notre position.
Organisation du convoi :
-Personnels : 3 mauritaniens dont 1 cuisinier francophone, 2 chameliers non francophones, 2 touristes français
-7 chameaux, dont 5 de bat (il en faut deux pour l’eau et 3 pour le matériel de campement et les vivres pour 2 mois) et 2 de selle pour Alain et moi. Ils portent nos paquetages, nous les montons environ 2 heures par jour.
L’autonomie en eau est de3 à 4 jours en jerricans en plastique (d’où nécessité de trouver un puits tous les 3 ou 4 jours)
Vivres : farine, riz, pâtes, conserves de légumes, sardines, thon, fruits au sirop, café, thé, confiture, huile, ingrédients, dattes…..le tout pour 5 personnes et 2 mois car il n’y a pas d’épicerie en route ou alors très rustiques dans les petites oasis.
-matériel de cuisine réduit au minimum, 1 réchaud à gaz en cas de pénurie de bois,
-trousses de secours (ne pas espérer d’évacuation sanitaire par hélicoptère, au mieux en 4x4, au pire à chameau…..)
-matériel de topographie, téléphone satellite, cartes 1/200.000 de l’époque coloniale non actualisées….
Le 6 janvier 2010 matin, tout le monde s’affaire ! On vérifie tout, on charge les chameaux, on répète les consignes pour les liaisons, on salue ceux qui restent et…….
Nous partons le 6 janvier 2010, de CHINGUETTI.
La caravane progresse d’abord dans les dunes pendant plusieurs jours, c’est l’ERG OUARANE qui fait 2.000km de sable jusqu’au MALI ! Heureusement on le quitte assez rapidement (2 ou 3 jours) et on retrouve le RAG caillouteux et de petits massifs montagneux.
Nous avons un vent de sable, aigre de face. On apprend à vivre ensemble, chacun trouve sa place et son rôle.
Nous partons le 6 janvier 2010, de CHINGUETTI.
La caravane progresse d’abord dans les dunes pendant plusieurs jour, c’est l’ERG OUARANE qui fait 2.000km de sable jusqu’au MALI ! Heureusement on le quitte assez rapidement (2 ou 3 jours) et on retrouve le RAG caillouteux et de petits massifs montagneux.
Nous avons un vent de sable, aigre de face. On apprend à vivre ensemble, chacun trouve sa place et son rôle.
Premier bivouac dans les dunes-les chameaux sont au pâturage
Déroulement d’une journée type :
Sidi Mohamed, un des deux chameliers se réveille vers 6h30. Il allume le feu puis chantonne sa prière, c’est le signal pour les autres : petit déjeuner (café ou thé, pain cuit la veille, confiture, vache qui rit), pliage du bivouac, récupération des chameaux au pâturage, chargement, départ vers 8h.
Nous marchons 5 heures par jour soit 20km environ, avec arrêt casse croute léger vers 12/13h, sans décharger les chameaux. On s’arrête définitivement vers 14/15h, pour permettre aux animaux de pâturer avant la nuit qui tombe à 18h et de se reposer ensuite (les chameaux sont prioritaires, notre vie dépend de leur bon état et ils sont aussi la seule richesse des chameliers.)
D e 14 h à 15h on déjeune, on dort si possible à l’ombre d’acacias car il fait 40° au soleil en février ! A partir de 17h on monte les tentes et on s’installe pour la nuit, le soleil se couche tôt, c’est l’hiver.
Ensuite on dine autour du feu, on discute un peu et à 22h au plus tard tout le monde se couche.
Les nuits sont douces, sauf par vent de sable (il faut bien arrimer les tentes, mais le sable pénètre partout)
Sidi Mohamed, tire l’eau d’un puits fraichement étayé, avec des branches et de la paille (eau putride)
Alimentation :
Le pain est fait chaque soir par les chameliers (cuisson dans le sable sous le feu), il ne sert qu’au petit déjeuner. Le cuisinier prépare le diner et le déjeuner du lendemain :
-Les repas sont composés de potage en sachets (amenés de France), de riz ou pates ou couscous, ou légumes en boites (chauds ou en salade avec la même sauce tous les jours à base d’huile, d’oignons frits et de tomates en boites), sardines ou thon, viande de chèvre fraiche tous les 15 à 20 jours quand on peut en acheter une à un berger…..thé, café, vache qui rit (elle peut durer 2 mois sur le dos d’un chameau !....). Les menus se répètent avec ces denrées pendant 55 jours !
L’eau est tirée des puits tous les 3/4 jours, plus ou moins claire et bonne, désinfectée systématiquement, avec les mêmes pastilles que celles des boites de rations..
- la toilette se faits avec environ 1/4 de litre d’eau pour les dents et la barbe. Pour les parties intimes on utilise des lingettes pour bébés. La grande toilette et la « lessive » ont lieu une fois par semaine environ, près d’un puits.
-campement : 2 tentes individuelles pour Alain et moi, 1 tente cuisine en cas de vent de sable ou de pluie (elle n’a jamais servi), batterie de cuisine, 1 gazinière rustique et cabossée, 2 grandes nattes qui servent de table et de tapis de sol, nos paquetages respectifs.
Liaisons, topographie
Possibilité d’utiliser les téléphones portables seulement à proximité d’une localité importante ou d’une route goudronnée (pas plus de 5 à 6 jours en2 mois). Avec le téléphone satellite, j’ai une vacation tous les 3 jours avec la base arrière pour donner la position (liaison à économiser car très couteuse)
Cartes 1/200.000 IGN en noir et blanc datant de l’époque coloniale, jamais actualisées, mais utiles, boussole, GPS.
Personne ne connaissant l’itinéraire au delà des 200 premiers kilomètres, je me charge de la navigation tous les jours. Les puits sont trouvés avec l’aide des chameliers, soit sur renseignements de bergers, soit en suivant les traces de troupeaux, soit « au flair » à partir des cartes qui ne sont plus à jour, mais donnent des indices.
Déroulement, calendrier :
De CHINGUETTI à RACHID, je connais, je l’ai déjà fait en 2004. Les mauritaniens connaissent aussi.
Il y à 225km, nous les parcourons en 11 jours, en ne rencontrant qu’une petite oasis et quelques nomades.
Le 17 janvier nous arrivons à RACHID, une petite oasis avec un poste de la garde nationale, quelques maisons en dur, une grande palmeraie. Ce fut une étape caravanière importante au moyen âge….. Je prends contact par téléphone satellite avec Mahmoud qui me transmet que l’ambassade de France nous faire dire de la part du QUAI d’ORSAY de faire demi-tour et de rentrer !!!!Le ciel nous tombe sur la tête ! Comment le QUAI d’ORSAY sait- il qu’un obscur colonel et un civil retraités sont en Mauritanie ? Que faire ?
A suivre……………
Après réflexion et concertation avec l’équipe, nous décidons de ne pas faire demi tour, de continuer, mais je propose de supprimer les 200 kilomètres les plus au sud (BOUMDEID- MOUDJERIA) et de couper directement de TIDJIKJA vers KSAR EL BARKA. En effet cette portion me parait la plus dangereuse, car proche de la route goudronnée menant à TIDJIKJA (sur la carte il s’agit d’aller directement du point 3 au point 4).
La vraie aventure commence alors.
Du 17 au 21 janvier : RACHID- TIDJIKJA, en longeant un lit d’oued bordé de palmeraies et de jardins.
Du 21 janvier au 30 janvier : TIDJIKJA-TAMASSOUMIT : 400km parcourus depuis le départ- la chaleur monte il fait 32° à 18 heures, le soleil étant couché ! Nous découvrons le « cram-cram », graminée qui accroche de minuscules épines sur les vêtements et la peau (une galère !). L’itinéraire est parsemé de traces des caravanes des temps antiques : débris de poteries anciennes, pierres taillées préhistoriques, éclats d’œufs d’autruche- quelques camps de nomades. J’ai la turista (colique) pendant 2 jours, cela suffit à me fatiguer et à m’inquiéter car il n’est pas question de trouver un médecin ! !
Du 30 janvier au 13 février : 650km parcourus- isolement total, aucune rencontre, puits à trouver sans aide, eau putride, salée, souillée, parfois bonne. Entrée dans le massif de l’ADRAR, désert de pierres. L’évacuation en cas de maladie ou accident demande 3 environ jours pour nous récupérer en 4x4 et autant pour le retour vers une ville…..Nous campons et faisons une pause d’une journée, à coté d’une guelta (lac temporaire d’eau de pluie stockée dans une dépression rocheuse).Moment de délice, bien que l’eau soit souillée par les animaux.
Figure 5 dans la passe d’AMOGJAR
Arrivée au trot, 800km parcourus
Du 19 février au 1° mars : AZOUGUI- CHINGUETTI : nous contournons la ville d’ATAR et montons sur le massif de l’ADRAR par la passe d’AMOGJAR très spectaculaire, puis nous progressons sur un plateau pierreux.
La détente s’installe, car l’arrivée est proche, nous savons que nous tiendrons le coup physiquement jusqu’au bout et nous nous sentons en sécurité (police, gendarmerie, base militaire française à ATAR….).
En effet depuis le départ, les enlèvements récents, l’intervention du QUAY d’ORSAY et de l’ambassade, l’isolement, l’inquiétude perceptible de la gendarmerie, avaient imposé une certaine vigilance …..Bien que les nomades et les habitants des oasis se soient montrés chaleureux et accueillants.
Le 27 février, nous démontons le bivouac et pour le plaisir nous nous offrons une petite course de chameaux avec les chameliers.
Le 28 février, nous avons campé à 5km de CHINGUETTI. Mahmoud, informé par téléphone satellite est venu nous voir en 4x4. Il apporté des boissons fraiches, de la viande et des fruits : soirée festive autour du feu.
Le premier mars, après avoir démonté le camp, nous nous dirigeons vers CHINGETTI. Il reste une heure de marche, nous arrivons en vue de l’oasis à 9 heures. Au loin, nous apercevons l’auberge EDEN et les premières maisons, des gens s’agitent, des sons de tam-tam, nous parviennent……puis des chants et des yous- yous.
C’est le comité d’accueil : quelques touristes français en fin de séjour, Mahmoud, les personnels de l’auberge, un groupe de femmes engagé pour nous nous accueillir selon la tradition, des curieux….
Grand moment d’émotion ! Alain et moi avons les yeux humides…..
Les mauritaniens sont fiers et heureux car c’est le plus long voyage qu’ils aient jamais fait.
On se congratule, on fait des photos, on décharge les chameaux…….c’est fini !
Arrivée à CHINGUETTI le comité d’accueil
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